L'imagerie en escalade

 

Et pour commencer, quelques petites mises au point dans les définitions !

 

La lecture d’une voie ou d’un bloc

 

La lecture fait appel aux perceptions visuelles du sujet lorsqu’il se trouve confronté à une voie qu’il ne connaît pas. C’est un décodage visuel de la voie, des prises, des éventuels mousquetonnages, des mouvements à effectuer. Le grimpeur doit anticiper son trajet moteur en bas de la voie, c’est à dire être capable de prévoir un cheminement possible pour se libérer de certaines contraintes énergétiques ou cognitives. Il doit pour cela faire appel à son expérience : la lecture n’est pas innée.

Lorsque le trajet prévu est différent de celui réalisé, notamment lorsque le grimpeur avait anticipé une bonne prise et qu’elle s’avère mauvaise quand il la saisit, la lecture joue une fois encore un rôle primordial pour la réussite de la voie. En effet il faut faire appel à ses capacités de réorganisation pour lire la voie tout en progressant.

Le classement en compétition est en règle générale basé sur des voies " à vue ", la lecture est donc essentielle dès lors que l’on s’approche de son niveau maximum. Enfin, lire les voies de qualifications permet de minimiser son temps effectif d’effort dans les voies, et préserver toutes ses chances pour les demi-finales et finales.

 

La mémorisation

 

La mémorisation prend toute son importance en compétition. Les grimpeurs disposent d’un temps réduit pour la lecture ; ils sont ensuite envoyés en salle d’isolement, d’où la voie est invisible. Parfois l’isolement peut durer plusieurs heures. Mémoriser une voie est préserver une trace mentale des prises, leur couleur, leur orientation, le cheminement général de la voie, les points de mousquetonnage, les reliefs etc…Cela pour ne pas recommencer le travail de lecture au pied de la voie, d’autant que le grimpeur dispose d’un temps très court pour commencer son ascension dès qu’il est appelé à sortir d’isolement.

En falaise, la mémorisation est importante, notamment dans l’escalade " après travail ". Dans les voies difficiles, la réussite ne peut se faire sans une mémorisation des prises, des mouvements, pour automatiser l’ascension et se concentrer davantage sur le rythme d’escalade, ou les mouvements aléatoires. Lorsque le travail d’une voie se fait sur plusieurs séances, la limite entre mémorisation et imagerie mentale est floue. Pour un travail dans son niveau maximum, le grimpeur dispose parfois d’un ou deux essais dans une séance pour tenter d’enchaîner, de par le niveau de ses réserves énergétiques. Il ne peut se permettre de ne pas se souvenir de la voie, au risque de devoir y retourner pour " voir ", et ne pas pouvoir l’enchaîner l’essai suivant. Ainsi certains grimpeurs voient leur performance stagner par manque de mémorisation et non par un manque de capacités physiques.

La mémorisation est toute aussi importante que la lecture.

 

L'imagerie mentale

 

Cette technique fait partie des techniques de préparations psychologiques, en vue d’améliorer la performance d’un athlète. Certains compétiteurs utilisent l’imagerie mentale de manière intuitive dans leur préparation, mais depuis plusieurs années le phénomène tend à se développer dans les plans d’entraînement.

Les images mentales sont parfois considérées comme des " vues de l’esprit ", c’est à dire que les sujets seraient en mesure de voir, d’entendre ou de se mouvoir à l’aide d’organes sensoriels dissimulés dans le système nerveux central. Cela signifie que la notion d’image fait appel à la possibilité pour un individu d’évoquer mentalement des événements auditifs, visuels, ou moteurs, en l’absence de toute stimulation sensorielle.

L’imagerie serait également impliquée dans des activités de production. Les images générées pourraient, par anticipation, être à l’origine de la création de formes statiques (œuvres artistiques) ou dynamiques, comme la production de mouvements sportifs (Denis, 1985). L’imagerie est donc proche de la perception mais elle " diffère de la perception, qui est l’imprégnation par des stimuli physiquement présents " (Kosslyn et al, 1995).

La mise en évidence des structures psychophysiologiques impliquées dans les phénomènes de représentation du mouvement reste complexe. En effet le problème se pose de connaître la nature des relations pouvant lier les structures intervenant dans la représentation du mouvement et celles intervenant dans le mouvement lui-même. Pour produire une image, le sujet utilise l’information stockée en mémoire à long terme et crée une représentation mémorisée à court terme (Kosslyn et al, 1995). L’imagerie mentale est maintenant abordée à l’aide de paradigmes expérimentaux empruntés à la psychologie et plus récemment aux neurosciences cognitives.

 

Les images motrices

 

L’imagerie motrice correspond à un sous ensemble des images mentales et consiste en une activité mentale par laquelle un sujet peut réactiver un acte moteur sans l’exécuter. L’imagerie motrice semble se distinguer par l’emprise consciente que peut exercer le sujet sur elle (Annett, 1995). En effet il lui est possible de déclencher ou de stopper volontairement son activité d’imagerie motrice. Jeannerod (1995) considère que l’imagerie motrice fait partie d’un ensemble de phénomènes de représentations dont la fonction est d’assurer la préparation de l’action. Pour cet auteur, alors que d’autres phénomènes de représentation sont inaccessibles à la conscience, " l’image motrice est une représentation motrice consciente ". Ainsi, il est possible de représenter consciemment des mouvements de manipulation d’objets, des déplacements dans un environnement imaginé, ou des modifications posturales virtuelles. Decety (1996) considère que l’imagerie motrice est " un état dynamique pendant lequel un sujet simule mentalement une action donnée ".

Il faut distinguer les notions d’images " externes " et images " internes ". Les images externes consistent à évoquer une action motrice à la troisième personne. Le sujet privilégie l’imagerie visuelle pour se placer en tant que spectateur de sa propre action. Pour les images internes, le sujets évoque son action à la première personne. Il est l’acteur à part entière de sa propre action. Il n’a plus à visualiser des mouvements mais à envisager la création de tensions musculaires, des postures et des déplacements en rapport avec la tâche qu’il simule (Mahoney et Avener, 1987). Des travaux ont abouti à des résultats peu homogènes en ce qui concerne l’efficacité selon la perspective utilisée (interne versus externe). Les études centrées sur l’utilisation spontanée de l’imagerie mentale montrent soit que la perspective interne est privilégiée par les experts, soit qu’il n’y a pas de différence pour l’une ou l’autre des perspectives (Suinn, 1997).

Pour Hardy et Callow (1999) la perspective externe aurait une plus grande efficacité dans les tâches dans lesquelles la forme est importante. Goss et all (1986) ont montré que les sujets ayant des hautes capacités de perspective interne parvenaient plus rapidement que les sujets à faible capacités d’imagerie interne à reproduire avec précision des formes motrices présentées visuellement. En revanche les capacités d’imagerie mentale n’auraient pas d’effet sur la rétention à long terme de ces mouvements. Pour Ille et Cadopi (1999) la modalité d’imagerie en perspective interne serait particulièrement impliquée pour la reproduction immédiate de formes motrices démontrées.

Relation entre images motrices et images visuelles :

L’étude des représentations cognitives conduit fréquemment à rapprocher l’imagerie mentale de la perception visuelle. Kosslyn et al (1978) et Pinker et Kosslyn (1978) ont montré respectivement que les distances métriques entre les objets en deux ou trois dimensions sont conservées à la suite d’une activité d’imagerie et d’inspection visuelles.

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