L'importance des doigts

 

1 Quelques modes de préhension :

 

Préhension en arqué :

 

C'est LA préhension qui permet de tenir les plus petites prises ! Les dernières phalanges viennent se plier dans le sens de l'extension, ce qui a pour conséquence une grande stabilité sur la prise. C'est aussi la préhension la plus traumatisante, car contre nature pour les articulations et les tendons. A noter que le pouce vient se poser sur l'index pour verrouiller la préhension.

 

Préhension en semi-arqué :

 

C'est l'intermédiaire entre l'arqué et le tendu. Moins traumatisant que l'arqué, plus stable que le tendu. C'est la préhension la plus utilisée par les grimpeurs, car peu douloureuse et très efficace dans un maximum de situations.

 

Préhension en tendu :

 

C'est la préhension la moins traumatisante pour la main. Seules les dernières phalanges sont légèrement fléchies, ce qui permet d'avoir un maximum de peau au contact de la prise, et donc de tenir toutes les « plats » et autres « bossettes » où l'adhérence est primordiale.

 

Préhension de type « pince » :

 

Il s'agit tout simplement de pincer la prise entre le pouce, et le reste des doigts ! Souvent on retrouve un peu de tendu ou de semi-arqué.

 

Préhension de type « bac » :

 

Dans ce cas, pas besoin de forcer pour tenir la prise, c'est la meilleure qui soit ! A noter qu'un brin de subjectivité peut, selon les personnes, transformer une « bonne » réglette en « bac »...


En ce qui concerne les autres préhensions, tout se fait à vos risques et périls, et elles ne doivent pas rentrer dans le cadre de la préparation physique, sauf si vous avez des articulations redoutables, les tendons solides, et que vous ne craignez pas les entorses. Il est préférable de les travailler sur le terrain, lors de vos sorties d'escalade. Pour en citer quelques-unes : mono et bidoigts, verroux, prise ongle...

 

Les dangers du concentrique :

 

Si dans la tête de certains grimpeurs, faire un maximum de tractions permet de progresser efficacement, on peut affirmer maintenant que pour une grande majorité d'autres penseurs, ce n'est pas le cas. Les données sur la préparation physique se sont multipliées, les expérimentations ont fait l'objet de nombreuses études, et le niveau général dans tous les sports a considérablement augmenté.
En reprenant les résultats obtenus, certains ont tenté d'appliquer à l'escalade ce qui fonctionnait ailleurs. L'idée de départ est excellente, mais pas pour un point bien précis : les doigts !
Attention, il ne s'agit pas de critiquer gratuitement ce qui a été fait, bien au contraire, mais de souligner à quel point l'escalade est une discipline à part. Pour la majorité des groupes musculaires, tout se duplique à merveille, pour d'autres, c'est un peu plus compliqué.
En voyant les résultats obtenus avec quelques méthodes, certains préparateurs physiques ont mis au point des systèmes spécifiques pour développer les muscles des doigts en concentrique. Sur le principe, cela ne pose pas de problème : si vous essayez de serrer le plus fort possible une balle de tennis, celle-ci va subir la pression exercée par vos doigts. Si maintenant la résistance de la prise est plus importante, il va falloir exercer une pression encore plus forte, pour arriver à ce qu'on appelle un effort maximal en concentrique, très proche du régime isométrique.
C'est ici que se pose le premier problème : les muscles responsables de la force des doigts ne se situent pas dans la main, mais dans les avant-bras. Cela signifie donc qu'entre le muscle et la dernière phalange, un tendon s'occupe de transmettre les forces, lui-même relié aux articulations par ce qu'on appelle des poulies (assimilables à des tunnels dans lesquels passent les tendons). Exercer une pression sur une balle de tennis, le corps sait faire. Mais supporter le poids d'un grimpeur, c'est beaucoup plus compliqué. Il existe pour chacun d'entre nous une limite à ne pas dépasser, pour éviter que le système se fragilise et cède, à force de pressions, de tensions, et de glissements.

Le second problème, qui découle directement du premier, c'est qu'une prise ne se déforme jamais. Dans 95% des cas, les fléchisseurs des doigts travaillent en isométrie parfaite. D'un point de vue biomécanique, c'est la préhension la plus adaptée et la plus utilisée par l'homme (notamment les préhensions d'objets dans la vie de tous les jours). Il est vrai que les efforts concentriques permettent d'obtenir des résultats excellents. Mais pour un groupe musculaire si petit, pour une structure anatomique si complexe et si fragile, ne prenez jamais ce risque.

En résumé, retenez que le concentrique en effort maximal peut provoquer de sérieuses blessures au niveau des doigts. Préférez donc le régime isométrique, plus approprié à la pratique de l'escalade.

 

Les fléchisseurs des doigts :

 

Précédemment, nous avons détaillé quelques modes de préhensions utilisés en escalade. C'est certainement l'un des points les plus délicats en préparation physique, puisque les fléchisseurs des doigts interviennent différemment selon la position choisie par le grimpeur.
Contrairement à certains sports où une fatigue locale n'intervient pas obligatoirement sur le niveau de performance (si un footballeur n'est pas au meilleur de sa forme au niveau des quadriceps, il peut quand même jouer), ce n'est pas le cas de l'escalade puisque la performance passe avant tout par les doigts : faire une traction un bras sur une barre ne sert à rien si vous ne tenez pas la réglette dans le passage clé de la voie ou du bloc. C'est donc une première spécificité de la préparation physique en escalade, si la fatigue est intense au niveau des fléchisseurs des doigts, la performance sera largement dégradée.
Tout se complique encore puisqu'en réalité les fléchisseurs des doigts se décomposent en deux groupes distincts: les fléchisseurs profonds, et les fléchisseurs superficiels. Selon le mode de préhension utilisé, la répartition de l'effort entre ces deux groupes musculaires ne sera pas la même. Pour une préhension en tendu, les fléchisseurs profonds peuvent atteindre jusqu'à 90% de part ; c'est d'ailleurs pour cela qu'un grimpeur qui utilise exclusivement ce mode de préhension n'est pas forcément très à l'aise en arqué, puisque ces fléchisseurs superficiels travaillent peu. Il faudra donc veiller à varier les préhensions à l'entraînement pour que le corps s'habitue à réagir rapidement (on peut ainsi réduire considérablement le nombre d'essais dans une voie ou un bloc après travail). Au niveau de la préparation physique, nous verrons comment travailler intelligemment les fléchisseurs des doigts.

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